Mon papy m’a raconté le vendredi saint de son enfance

Mon papy dit toujours : “ah! de mon temps!...” Alors, un jour, j’ai voulu savoir comment ça se passait de son temps. Il m’a raconté la Semaine Sainte de son enfance. Il habitait un petit village de campagne. Tout commençait le jour des Rameaux. Ce jour-là tout le monde allait à la messe... même ceux qui n’y vont pas souvent. On bénissait les rameaux de buis que chacun portait à la main. C’était pour rappeler le jour où Jésus était rentré à Jérusalem acclamé par la foule. En revenant on plantait un rameau de buis béni au coin de chaque champ. Ce n’était pas pour que ce rameau pousse mais c’était une façon de demander à Dieu de bénir ces cultures.

Le jeudi saint, chez nous, il ne se passait pas grand-chose (aujourd’hui, c’est différent). Mais le lendemain, vendredi saint, c’était sacré. Pour rien au monde on aurait mangé de la viande ce jour-là... on mangeait des oeufs, rarement du poisson. On ne faisait qu’un repas dans la journée. Sa maman (mon arrière grand-mère... je ne l’ai pas connue) veillait même à ce qu’on ne mette pas un gramme de matière grasse dans le bouillon de la soupe. C’était une façon de faire pénitence et de dire notre foi à Jésus, mort et ressuscité pour nous. Mon papy m’a dit que toute sa vie il avait respecté cette habitude.

L’après-midi, vers 3 heures - c’était l’heure où Jésus était mort sur la croix - on se rassemblait à l’église. On avait caché les statues avec un voile noir ou violet, en signe de deuil. Ce jour-là les cloches ne sonnaient pas ni pour l’Angélus ni pour appeler les chrétiens à la prière. On disait que les cloches étaient parties à Rome et qu’elles reviendraient le jour de Pâques. Mon papy me disait qu’il ne comprenait pas que des cloches aussi lourdes puissent voler. C’est plus tard qu’il comprit que les cloches qui d’habitude tintent joyeusement, ce jour-là se taisaient en signe de deuil. Dans l’église on se déplaçait à chaque fois de station en station, en faisant le “chemin de la Croix”. En revenant du chemin de croix on posait une rose (il y en avait beaucoup puisque c’était déjà le printemps) au pied de la croix qui était au milieu du village.

Puis on se préparait pour la grande fête de Pâques. Le samedi saint on allait se confesser pour recevoir le pardon de ses péchés. Le dimanche on prenait ses beaux habits pour aller à la messe pour fêter Jésus ressuscité. Les cloches étaient revenues de Rome et elles sonnaient joyeusement..

Au fur et à mesure que mon papy parlait, moi, je devenais un peu jalouse: j’aurais bien voulu vivre en ce temps-là. Alors, avec Benoît et quelques copains on a décidé d’aller cueillir quelques fleurs pour décorer la croix en pierre qu’il y a pas loin de notre maison, au carrefour.

Et toi, comment passes-tu la Semaine Sainte?

Bénédicte

La croix de mon village

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