Les documents sur Jésus.

Notre premier coup de tarière dans cette poutre qu'est le phénomène Jésus consistera d'abord en un petit voyage dans les bibliothèques du monde. St Jean disait que l'univers entier ne suffirait pas pour contenir les livres que l'on pourrait écrire à son sujet. Cette exagération quelque peu méditerranéenne n'est pas tellement éloignée de la vérité. Que de livres ont été écrits sur Jésus! Mais ce qui nous intéresse le plus dans la recherche qui est la nôtre ce ne sont pas les commentaires ni les poèmes, ni même les prières, mais les récits de qu'il a fait et dit. La littérature proprement chrétienne est abondante. Mais avant de regarder ces textes, voyons s'il y a quelque chose dans la littérature païenne et profane de l'Antiquité. La réponse est positive. Faisons un bref inventaire.

Textes profanes ou non chrétiens.

Ainsi dans le Talmud - qui est un recueil de réflexions et traditions hébraïques dont les plus anciennes remontent aux 1er et 2èmes siècles - on relève cette annotation : "à la veille de Pâques, on pendit Jésus"... pour de curieux motifs d'ailleurs : il aurait pratiqué la magie et séduit Israël.

Flavius Josèphe, juif devenu collaborateur des Romains aux côtés desquels il participa à la prise de Jérusalem en 70, dans ses "Antiquités hébraïques", parues en 93, mentionne la prédication et le supplice de Jean Baptiste, le martyre de Jacques, le premier évêque de Jérusalem, qu'il désigne comme "le frère de Jésus, surnommé le Christ".

Tacite, grand historien de l'empire romain, décrit dans ses Annales l'incendie de Rome sous Néron en 64, dont on rendit responsables, dit-il, les "chrétiens". "Ce nom leur vient de Christus qui avait été, sous le règne de Tibère, livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée sur le moment, cette exécrable superstition perçait de nouveau, non pas seulement en Judée où le mal avait pris naissance, mais aussi dans Rome où tout ce qu'il y a d'infâme et de honteux afflue et trouve des sectateurs."

Suétone, autre historien romain, écrit en l'an 120, que l'empereur Claude, vers l'an 50, chassa de Rome les juifs qui "sous l'instigation de Chrestus ne cessaient de s'agiter".

Pline le Jeune, homme de lettres et légat impérial des provinces de Bithynie et du Pont, demande en l'an 112 à l'empereur Trajan la procédure à suivre pour le procès des chrétiens. Sa lettre nous renseigne sur leurs coutumes et leurs croyances, vues par quelqu'un qui est totalement étranger à leur foi. "Ils se réunissent à jour fixe, avant le lever du soleil, pour chanter entre eux un hymne à Chrestus comme à un dieu."

Vers l'an 178, Celse, un philosophe romain, s'attaque violemment au christianisme non pas pour nier l'existence de son fondateur mais pour dire : "vous vous donnez pour Dieu un personnage qui termina par une mort misérable une vie infâme".

Un premier bilan.

Tous ces témoignages méritent quelques explications, car on peut être déçu par la mince récolte auprès de ces auteurs non chrétiens. Les noms que nous avons cités sont ceux des principaux historiens de l'Antiquité qui nous renseignent sur le premier siècle. Ainsi donc l'existence du Christ n'est pas ignorée d'eux. Ils montrent à son égard mépris et hostilité. Et c'est pour cela qu'ils n'en font aucune description détaillée et bienveillante. Mais comment en être surpris? Le christianisme restait très minoritaire et persécuté.

La Palestine n'était qu'une lointaine province du vaste empire romain. Qui pouvait se soucier de l'exécution d'un obscur prophète dans cette contrée éloignée et turbulente, à moins d'être son disciple? Le philosophe Jean Guitton fait remarquer qu'un mouvement religieux à demi-clandestin est le seul à connaître vraiment son propre passé et ses origines. "Ce qui est germinal, dit-il, est, par définition, ignoré de l'histoire."

Maigre butin, penseront certains. Mais il est loin d'être sans importance? Les renseignements qui nous sont donnés par ces mentions fugitives que nous trouvons ici et là n'en sont que plus intéressants. Ainsi donc Jésus a laissé des traces dans l'histoire profane des hommes de son temps. IL a vécu en Palestine. Il a été exécuté sous Ponce Pilate. Vingt ans après, ses disciples étaient déjà assez nombreux pour être implantés à Rome, chassés une première fois en l'an 50, crucifiés sous Néron en 64. Ils croyaient en un prophète qu'ils surnommaient le Christ et qu'ils vénéraient comme Dieu. Ils avaient une liturgie, etc...

La littérature chrétienne... Paul.

Allons donner un coup d’œil maintenant dans la littérature en provenance des disciples de Jésus. Et nous commencerons par l'apôtre Paul, car les textes les plus anciens, ceux qui nous rapprochent le plus des années où a vécu le Christ, nous viennent de lui. Paul est un juif, farouche opposant des premiers chrétiens qu'il cherche à anéantir en les mettant en prison. Il nous dit comment il a "rencontré" ce Jésus qui lui est apparu sur le chemin de Damas. Et dès lors, cet homme passionné n'aura de cesse de mettre toute son énergie à diffuser la foi en celui qu'il avait persécuté. Voyageur infatigable, fondant des communautés chrétiennes en Asie Mineure et en Grèce notamment, il leur enverra de longues lettres qui sont autant de témoignages précieux (dans les années 50-60 après J.C)

Il n'écrit pas une vie de Jésus. Il ne fait pas un recueil de ses faits et gestes. Mais il veut tout simplement apporter des précisions à son enseignement ou arbitrer les controverses qui affaiblissent cette Église naissante, ou résoudre des problèmes de morale, ou donner des éléments d'organisation de la communauté. Et c'est à l'occasion de ces questions qu'il se référera à telle ou telle parole de Jésus, rapportera tel ou tel évènement. Ces apports sont d'autant plus utiles qu'ils ne constituent pas un texte "construit" ou préparé à l'avance, mais spontané et direct. Sait-on, par exemple, que le premier récit de la Cène du Jeudi Saint nous vient de lui, en son chapitre 11 de sa première lettre aux Corinthiens... et qu'il concorde en tous points avec celui des Évangiles?

Dans la même ligne que les lettres de Saint Paul, nous pouvons ranger celles de Pierre, Jacques, Jude et Jean. Nous ne rentrerons pas dans toutes les discussions qui ont eu lieu autour de l'authenticité de ces lettres. Disons que généralement on admet que Pierre est bien l'auteur de la première lettre et sans doute aussi de la deuxième qui lui sont attribuées, que St Jean (ou un de ses disciples immédiats) est bien celui des trois lettres qui portent son nom. L'épître de St Jacques serait due non à l'apôtre (martyrisé en l'an 44) mais à "Jacques dit le mineur", premier évêque de Jérusalem et de la parenté de Jésus. Il en serait de même pour l'épître de St Jude, due à la plume de Jude, un des "frères de Jésus" également. La lettre aux Hébreux serait originale, attribuée à Paul, mais provenant plutôt de milieux chrétiens proches du judaïsme.

Les Actes des Apôtres.

Le deuxième groupe de textes chrétiens primitifs concerne la mission des premiers apôtres et la naissance de l'Église. Ce sont les Actes des Apôtres, écrits par St Luc, aux environs de l'an 80, soit 25 à 50 ans après les évènements qu'il relate. Là aussi, comme dans les lettres de St Paul, nous trouvons des éléments d'autant plus intéressants qu'ils ne prétendent pas retracer une biographie de Jésus.

Les Évangiles.

Enfin viennent les Évangiles - dont le nom signifie "Bonne Nouvelle" - qui rapportent les faits et gestes de Jésus. Il y a quatre livres, écrits par Matthieu, Luc, Marc et Jean. Cette attribution aux quatre évangélistes remonte à la plus lointaine tradition et nous est confirmée par St Irénée de Lyon notamment (milieu du 2ème siècle après J.C.) Une première lecture nous permet de constater que trois se ressemblent beaucoup, tout en ayant des différences parfois assez notables entre eux. On les appelle les Synoptiques. Le quatrième, celui de St Jean, est d'une conception plus originale et plus personnelle, recoupant assez rarement les trois autres, mais apportant souvent un complément à ces derniers. A ce stade de notre enquête, prenons les tels quels, comme des témoignages de ce que pensaient et disaient les premiers chrétiens sur Celui à qui ils se référaient constamment. Nous reviendrons plus loin sur l'origine et la composition des évangiles.

Ajoutons que dans un monde où n'existaient ni imprimerie ni offset, où les personnes sachant écrire étaient assez rares, où les supports (parchemins et papyrus) étaient coûteux, nous avons cependant une littérature abondante : 4000 manuscrits grecs pour les seuls évangiles. Les plus anciens manuscrits complets datent du IVème siècle, c'est-à-dire 300 ans seulement après la rédaction des originaux : Codex Vaticanus conservé au Vatican - Codex Sinaïticus découvert au Sinaï. Alors que nous avons un intervalle de 2300 ans entre Homère et les premiers manuscrits, 1200 ans pour Platon et Socrate, 400 ans pour Virgile, etc... C'est dire le soin jaloux qu'on a mis à garder et à transmettre ces textes. Des fragments de l'Évangile de St Jean ont été découverts en 1925 qui datent, d'après les spécialistes, des années 120-130 (peut-être même plus tôt), c'est-à-dire 20 à 30 ans après la rédaction de cet évangile. Peut-être les grottes de Qumram nous ont-elles fourni des fragments de l'évangile de St Marc remontant à quelques années avant la prise de Jérusalem (les années 50-60). Nous sommes en terrain sûr.

L'archéologie.

Une autre source d’information est l’arhcéologie6 Un voyage en Palestine permet tout d'abord de "sentir" le climat et le pays dans lequel se sont déroulés les évènements rapportés par l'Évangile. . Mais surtout les fouilles effectuées en de multiples endroits permettent de trouver la trace de personnages ou de lieux cités dans les évangiles, et apportent aux récits comme une preuve tangible. Ainsi, à Césarée Maritime, on trouve une stèle portant le nom de Ponce Pilate. On a découvert également la piscine aux cinq portiques dont nous parle St Jean en son chapitre 5.

Ainsi on peut localiser avec une quasi-certitude le lieu de l'Annonciation à Nazareth, le lieu de la naissance à Bethléem, la maison de Pierre à Capharnaüm, le puits de Jacob, le Calvaire ou Golgotha à Jérusalem, le tombeau. D'autres lieux sont moins précis ou plus controversés (par ex. le prétoire de Pilate, la maison de Caïphe, Cana, le Thabor...) La piété des premières générations chrétiennes, malgré les persécutions violentes, avait conservé le souvenir de ces endroits qui étaient sacrés pour eux, et les signes de vénération qui les entourent sont comme autant d'indices d'authenticité de ces lieux. On peut souhaiter que de nouvelles fouilles (il y a tellement à chercher!) nous permettent d'affiner encore nos connaissances.

Bilan de ce premier tour d'horizon.

Le bilan de ce premier tour d'horizon, de ce premier coup de tarière, n'est pas nul. Même s'il ne nous permet pas de savoir beaucoup de choses sur Jésus, il nous permet cependant de tirer quelques conclusions très importantes.

1°/- Ainsi donc IL A EXISTE... Jésus est bien un personnage de l'histoire des hommes et non le héros d'une légende créée de toutes pièces par des imaginations fertiles. Cela semble une évidence.

Que notre gamin du caté se rassure. C'est son papa qui a tort et sa catéchiste qui a raison. L'existence de Jésus n'est pas de la blague. La mettre en doute est une position proprement intenable pour tout historien un tant soit peu sérieux.

2°/- Jésus n'est pas un personnage de la politique d'alors (les Annales Romaines en auraient parlé), ni un scientifique comme Archimède, ni un poète ou un dramaturge comme Plaute, ni un philosophe comme Socrate ou Platon dont on a conservé les écrits... Jésus s'est situé uniquement sur le plan religieux, celui des rapports de l'homme à Dieu.

Si Jésus est un personnage réel de l'histoire, cela vaut la peine de chercher à mieux connaître sa vie et son oeuvre. Nous allons donc poursuivre notre enquête par une première lecture de ces documents.

Le plus simple est de se référer à une encyclopédie, telle que "Théo" - Droguet et Ardant 1989 - page 266.... ou encore l'excellent ouvrage de vulgarisation de Jacques Lacourt : "Jésus, l'homme et son mystère" - Droguet et Ardant 1990, pages 8, 9 et 10 - Nous nous référerons souvent à cet ouvrage.

On trouve un autre texte de Flavius Josèphe, cité dans un ouvrage arabe du 10ème siècle : "à cette époque-là il y eut un homme sage nommé Jésus dont la vie était parfaite. Et Pilate le condamna à la mort de la croix et ceux qui s'étaient faits ses disciples prêchèrent sa doctrine. Ils affirmèrent qu'il leur apparut vivant trois jours après sa passion. Peut-être était-il le Messie au sujet duquel les prophètes avaient dit des prodiges. "Mais ce texte est controversé. Cité par J. Lacourt, dans les notes p. 127.

Le philosophe ajoute à titre d'exemple : "qui nous renseignera sur l'existence, les séjours, la pensée de Lénine avant 1917, sinon ses propres compagnons ? " (Jean Guitton : Jésus page 224).

Pour une présentation d'ensemble du Nouveau Testament, il est impossible de citer ici une bibliographie, car elle serait trop abondante. Le plus simple est de se référer aux introductions des différentes bibles, comme celle dite "de Jérusalem".

Sur les données archéologiques... le mieux est de faire un pèlerinage en PALESTINE. Mais on peut se documenter en lisant un guide de ces pèlerinages, comme " Itinéraires Bibliques"... ou encore s'abonner à une revue comme "Aujourd'hui la bible", etc... voir aussi : J. A. Thompson : la Bible à la lumière de l'archéologie - ed. LLB Guebwiller 1988.

retour
Sommaire